J - 218 : Connaissez-vous le Nouveau Parti Anticapitaliste et son leader ... François Bayrou ?

Le NPA est bien entendu le nouveau nom de la Ligue communiste révolutionnaire du plus médiatique des trotskistes-guévaristes, Olivier Besancenot. Pour ce dernier, le rejet du capitalisme relève du lieu commun rhétorique comme de l’évidence.

Bien plus surprenante est la position exprimée par François Bayrou lors de la première Conférence nationale du Mouvement démocrate qui s’est tenue la semaine dernière.

Le refus du capitalisme comme modèle sociétal

Bayrou 7.jpgLe président du MoDem a en effet comparé les deux systèmes englobants qu’étaient le socialisme étatique et le capitalisme antiétatique pour mieux constater le sens historique de leurs naufrages respectifs de 1989 et de 2008.

Réagissant à l’ambiance économique apocalyptique de ces dernières semaines, Bayrou a donc manifesté son refus du capitalisme en tant que « modèle de société ». En effet, tout en affirmant ne pas être dupe d’une différenciation illusoire entre un « capitalisme idéal » ou « vertueux » et un « capitalisme réel » (réponse à l’appel de Sarkozy en faveur d’une refondation du capitalisme), il s’est cependant prononcé pour la régulation et la moralisation des pratiques existantes plutôt que pour la révolution ou la rupture avec ces dernières. En ce sens, Bayrou est plus proche de Sarkozy que de Besancenot. Il se montre davantage « alter-capitaliste », hostile aux dérives récentes du capitalisme, que véritablement anticapitaliste.
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Plutôt que « le capitalisme, voilà l’ennemi ! » c’est « le néocapitalisme, voilà l’ennemi ! » que les démocrates bayrouistes, réformistes et pragmatiques avant tout, adoptent par conséquent pour devise.
Dans un récent pamphlet, Jean-François Kahn (JFK), potentielle tête de liste MoDem dans l’Est, s’est ainsi surtout attaqué au « capitalisme nouveau », « financiarisé et déshumanisé », qui a expulsé « de sa sphère de domination les acquis du libéralisme émancipateur de l’individu et les apports du réformisme démocratique porteur d’émancipation collective » (Pourquoi il faut dissoudre le PS, Larousse, 2008, p. 7).

D’accord avec la Droite au pouvoir sur le principe d’une réforme salutaire plutôt que sur un coup de pied de l'âne, les démocrates placent leur divergence avec l’omniprésident sur un autre point : alors que la « refondation » capitaliste souhaitée par Sarkozy entraînerait surtout un renforcement des iniquités actuelles au profit des grands groupes proches du pouvoir, alors que la rupture anticapitaliste agitée par Besancenot n’est qu’une chimère irresponsable, Bayrou a l’audace de subordonner les mécanismes économiques au respect d’une idéologie qui mériterait à son tour d’être englobante : l’humanisme.

« Nous, (...) ce que nous mettons en premier, ce n'est pas l'argent, c'est l'être humain. C'est pourquoi nous n'adhérons pas au capitalisme. Nous adhérons à l'humanisme et nous considérons que, sur bien des points, le capitalisme est en contradiction avec l'humanisme. »


Nous sommes là encore, me direz-vous, dans le champ des valeurs et des grandes déclarations d’intentions ... En réalité, François Bayrou a immédiatement fourni un exemple concret d’application de ce nouvel humanisme en matière de politique économique : le refus du travail du dimanche.

« Si vous considérez la question [du travail du dimanche], non pas sous l'angle capitaliste, mais sous l'angle humaniste, alors vous voyez les choses d'une toute autre manière, et vous considérez comme fondamental, pas traditionnel, pas habituel, mais fondamental, qu'il y ait dans la semaine, un jour pour la plupart des Français durant lequel ils puissent montrer aux enfants qu'il y a autre chose dans la vie que de consommer et d'acheter, un jour où il est bien, où il est heureux, indispensable en tout cas, que tout le monde, en tout cas que le plus grand nombre possible, puisse se reposer, tout comme les vendeuses et les metteurs en rayon qui commencent à 5 heures du matin, qu'il y ait un jour sur sept au moins où la déesse Consommation puisse être ramenée à sa juste place et qui ne doit pas être la première, un jour pour le verbe Être et pas pour le verbe Avoir. »


Assez conforme à la triple identité (humaniste-laïque, radicale-démocrate, libérale-solidariste) que j’avais imaginée ou souhaitée, il y a quelques mois, pour le jeune Mouvement démocrate, ce discours idéaliste mais responsable est en mesure de lutter contre les résurgences populistes, foncièrement anti-européennes, qui tenteront de s’imposer dans la campagne du printemps prochain. En effet, les démocrates ne devront pas laisser le légitime dégoût des classes moyennes et des couches populaires envers les égarements capitalistes se transformer en un repli identitaire et paranoïaque. Ce dernier serait profitable aux mêmes extrémismes qui appellent de leurs vœux l’effondrement de l’UE.
Un autre capitalisme est possible et souhaitable pour l’économie européenne. A condition que ce capitalisme soit à nouveau associé à un authentique libéralisme

Le libéralisme émancipateur contre l’ultralibéralisme adopté par le système capitaliste

Aubry Delanoe.jpgLes socialistes français n’ont rien compris. Tandis que la diafoireuse Martine Aubry juge que la crise financière n’est qu’un « symptôme » de « la maladie » qu’est le libéralisme, le vélibéral Bertrand Delanoë prétend quant à lui dissocier un libéralisme politique sain, qu’il revendique en tant que tel, d’un libéralisme économique nécessairement vénéneux. Or, comme disait Paracelse, tout est poison et rien n’est poison, tout dépend de la dose.
Dans le cas du libéralisme, ce « libéralisme émancipateur de l’individu » évoqué plus haut par JFK, c’est davantage une question d’essence que de dose : l’ultralibéralisme qui a guidé le modèle capitaliste de ces vingt dernières années n’est pas une perversion ou un simple abus du libéralisme, mais bien une négation de ce dernier.
En effet, qui dit libéralisme, dit « libertés » (de circulation, d’expression, d’entreprendre ... c’est un tout). Et qui dit « libertés » dit « limites » : les libertés sans limites ne peuvent exister sans retomber dans un état d’anarchie précurseur de l’arbitraire ou de la loi du plus fort et, partant, de l’abolition des libertés fondamentales. L’anarcho-libéralisme, guide de l’anarcho-capitalisme qui vampirise à présent goulûment les Etats qu’il prétendait repousser, est donc une négation du libéralisme, ce dernier exigeant des limites, des règles.

Des régulations nécessaires et urgentes

Si ces règles sont surtout du ressort du FMI et des institutions économiques mondiales, les organisations internationales de libre-échange établies à l’échelle régionale ne sont pas exemptes de responsabilités. Parmi elles, l’Union européenne est d’autant plus invitée à participer à la médication qu’elle a été directement affectée par le virus.
roubini.jpgInterrogé par Le Point, l’économiste Nouriel Roubini, ancien conseiller de Clinton, nous rappelle en effet que la crise des subprimes, malgré son appellation et son origine américaines, ne s’est pas contentée d’affecter les finances européennes par un de ces effets domino propres aux mécanismes macroéconomiques : « la moitié des obligations émises aux Etats-Unis sur la base d’actifs immobiliers pourris ont été achetées par des étrangers, le plus souvent par des institutions financières européennes ».

M. Roubini estime que « la plupart des gens, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, ne sont pas contre l’économie de marché, mais ils veulent un capitalisme régulé, avec des règles prudentielles et des instruments de supervision. »

Nouriel Roubini met cependant en garde contre l’abus de « l’intervention étatique, néfaste à la créativité et à l’innovation » et plaide en faveur d'un « modèle hybride, dans lequel les marchés seront mieux encadrés et les interventions étatiques dans l’économie plus pragmatiques ».

Pour une régulation européenne efficace

François Bayrou et Marielle de Sarnez en sont persuadés : le seul support d’une politique de régulation efficace, c’est l’Europe.

Le président du MoDem a estimé que la régulation du capitalisme ne peut se concevoir « que dans le cadre européen et, en tout état de cause, dans le cadre de la zone Euro ».

Marielle de Sarnez a quant à elle déclaré que l’UE doit se doter d’une « commission bancaire européenne », d’une « autorité européenne des marchés financiers », d’un « régulateur européen » capable de « discuter avec le régulateur américain », et, surtout, « de nouvelles règles comptables ». Elle a aussi estimé que des agences de notation européennes étaient nécessaires.

La vision d’un capitalisme « humanisé » par un libéralisme limité et régulé avec prudence au niveau de l'Union sera donc au cœur du projet démocrate pour la campagne européenne. Il s’agit à présent, pour mieux la promouvoir, de préciser cette vision en la revêtant davantage de propositions réalisables, concrètes, et en prise avec les préoccupations des citoyens européens.

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