LES PERFORMANCES DES MAIRES DES 873 VILLES DE PLUS DE 10 000 HABITANTS
Publié le 28 Février 2008
Le palmarès des villes les mieux
gérées
Magazine Challenges | 21.02.2008 | Réagir à cet
article (12 réactions)
Pour la deuxième fois, Challenges fait un bilan des gestions municipales : les 873 villes françaises de
plus de 10 000 habitants ont été scrutées à l'aune de 5 critères et notées. Instructif avant d'aller voter.
Les 5 critères: 1 Très bien 2 Bien 3 Assez bien 4 Peut mieux faire 5 Doit mieux
faire
Notre est elle bien gérée ?
Wasquehal et Gérard
Vignoble 5 Doit
mieux faire, soit la plus mauvaise position.
Je vous invite a cliquer sur le lien suivant: http://www.challenges.fr/quotidien_xml/0112/maires_10000.pdf
A quelques jours des élections municipales des 9 et 16 mars, la publication du palmarès Challenges-PES des villes sera sans doute vécue
comme une provocation par beaucoup d'édiles. En avril 2006, pour la première édition de ce classement, les 673 maires (sur 870) qui ne s'étaient pas vu attribuer la mention bien (deux étoiles) ou
très bien (trois étoiles) n'avaient, dans l'ensemble, pas apprécié l'expérience.
Cette année encore, les édiles seront nombreux à s'indigner que l'on juge la qualité de leur gestion sur le seul bilan financier. Ils auront raison. Car il est réducteur d'évaluer
un maire uniquement en fonction de la pression fiscale, de la sincérité de son budget ou du poids de la dette. Nombre d'arbres par habitant, kilomètres de transports en commun, qualité des
équipements, logements sociaux, créations d'emplois : d'autres critères peuvent entrer en compte. Les bons maires qui ont vidé les caisses existent. Tout comme les mauvais aux caisses
pleines.
La seule ambition de Challenges est de dresser à un moment précis un état des lieux des équilibres financiers. Notre partenaire, l'agence indépendante de notation des collectivités
territoriales Public Evaluation System (PES), a nourri ses modèles algorithmiques de données officielles et publiques pour les comparer au sein de strates homogènes. La méthode retenue prend en
compte cinq critères.
1. Maîtrise de la fiscalité
L'agence PES s'attache à mesurer le niveau de la fiscalité - taxe d'habitation, taxe
foncière -, et son évolution durant une mandature. Le niveau absolu des taxes est une donnée qu'un maire arrivant aux affaires ne peut faire évoluer que lentement quelle que soit sa couleur
politique : un maire de droite aimerait bien réduire les impôts, mais les baisser brutalement suppose des sacrifices rarement consentis. Ainsi, à Nantes, où la fiscalité est plus élevée que la
moyenne, la candidate UMP, Sophie Jozan, qui affronte un maire socialiste en place de longue date, ne s'aventure pas à promettre de faramineux allégements fiscaux. A l'inverse, les édiles
décidant d'alourdir la fiscalité sont mal notés par PES. Faire évoluer les impôts résulte «directement de la volonté du pouvoir politique», soulignent les experts. Pour l'agence de
notation, l'augmentation d'impôts, «techniquement plus commode que la recherche d'économies», est une solution de facilité qui obère les marges de manoeuvre
avenir.
2. Service de la dette
Quelle est la part du budget consacrée au remboursement de la dette ? A niveau d'endettement égal, il est
possible d'arbitrer entre de fortes charges de remboursement annuelles et un étalement dans le temps de ce qu'on appelle le service de la dette. Le choix est aussi financier que politique :
veut-on éviter que les générations à venir paient les dépenses actuelles ou considère-t-on que c'est là un moindre mal ?
Ainsi, pour contenir la charge actuelle de la dette, Rouen a fait le choix d'étaler le remboursement de ses emprunts, au risque de les faire payer par les futurs Rouennais. D'autres villes, plus
petites, sont allées très loin dans cette direction. Ainsi, à Redon, la dette représente 133% des recettes annuelles, et pourtant seuls 8% du budget sont consacrés aux charges financières. Des
villes comme Antibes, La Seyne-sur-Mer, Antony, Béthune ont également choisi de faire peser leurs dépenses actuelles sur les futures générations. A terme, vouloir reporter le remboursement des
emprunts «présente un risque pour les contribuables locaux», estime PES.
3. Solvabilité
Un niveau absolu d'endettement ne veut évidemment rien dire. Une grosse commune peut bien sûr s'endetter plus
qu'une petite. Voilà pourquoi on utilise souvent des ratios de dette par habitant. Mais même ceux-là ne sont pas vraiment satisfaisants. Car deux communes comptant le même nombre d'administrés
peuvent disposer de ressources plus ou moins importantes selon la richesse de leurs contribuables - dont la taille du logement détermine le niveau des impôts locaux -, mais aussi et surtout selon
le nombre d'entreprises s'acquittant de la taxe professionnelle. Par exemple, Puteaux (la Défense) et Montrouge, qui abritent chacune un peu plus de 40 000 habitants. Alors que la première
perçoit 142 millions d'euros de recettes annuelles, la seconde doit se contenter de 62 millions. Voilà pourquoi il est préférable de rapporter la dette aux recettes perçues par la collectivité.
PES prend en compte ce que les experts appellent les recettes réelles de fonctionnement. Il s'agit des impôts locaux et des dotations de l'Etat. Mais les ressources d'investissement sont exclues
du calcul, tout comme les emprunts nouveaux.
Pour évaluer le poids réel de l'endettement, on mesure le nombre de mois de recettes nécessaires pour rembourser tous les emprunts. Ainsi, à Toulouse, il suffirait d'un mois de recettes pour
annuler toute la dette. A Nantes, en revanche, il en faudrait une année. Si ce ratio diminue, c'est que la solvabilité de la ville examinée s'améliore.
4. Sincérité budgétaire
Présenter un budget sincère, qui ne surévalue pas les recettes prévues, savoir tenir les
dépenses programmées en évitant tout dérapage, voilà des impératifs de bonne gestion que tout maire devrait respecter. Ce critère n'est pas le plus important dans la notation de PES, toutefois il
peut pénaliser certaines villes. Ainsi Strasbourg détient, dans les villes de plus de 100000 habitants, la palme de l'écart entre les prévisions de dépenses et la
réalisation.
5. Marge de manoeuvre
Tout comme les ménages, qui voient s'envoler le poids de leurs charges fixes, les villes
doivent faire face à des dépenses contraintes, dont on est sûr dès le 1er janvier qu'elles se réaliseront. Il s'agit bien sûr, d'abord, des dépenses de personnels, qui ont une fâcheuse tendance à
déraper dans beaucoup de collectivités locales. Les intérêts à payer sur la dette font également partie de ces crédits incontournables, tout comme la plupart des subventions : «Aucun maire ne
prend le risque de couper vraiment, d'une année sur l'autre, dans [celles] versées au club de foot», soulignent les experts de PES. Ces derniers mesurent la rigidité d'un budget en
rapportant les dépenses courantes aux recettes courantes.
En moyenne, dans les villes de plus de 100 000 habitants, ces dépenses rigides représentent 62% des recettes. Cette rigidité «exprime la capacité politique des collectivités à réaliser des
économies et à contrôler l'évolution de leurs charges permanentes», expliquent-ils. Augmenter la rigidité, comme à Rouen en 2006, revient à dégrader la marge de manoeuvre budgétaire dont
dispose l'équipe municipale. C'est le signe d'une «vulnérabilité» des exécutifs aux pressions de toutes sortes, estime PES.
Quand la gabegie remplace la mutualisation
C'était, sur
le papier, une excellente idée : que les communes, souvent trop petites, se regroupent pour mutualiser leurs moyens. A l'arrivée, près de neuf ans après le vote de la loi Chevènement qui a dopé
la coopération entre les villes, la résultat est mitigé. La création d'un étage administratif supplémentaire entre communes et départements a souvent été l'occasion de dépenser plus. Dans la
plupart des cas, pour investir, ce qui est un moindre mal, même si les impôts sur les entreprises - taxe professionnelle -, qui financent pour l'essentiel les communautés, ne peuvent pas être
augmentés à l'infini. Mais parfois la mutualisation a cédé la place à la gabegie, comme à Marseille, où les doublons se sont multipliés entre la ville principale et la communauté urbaine. En
outre, la présence de cet étage supplémentaire complique l'analyse des comptes communaux. Théoriquement, la création des communautés n'a pas d'impact sur le financement de la ville : aux
compétences (dépenses) transférées à l'agglomération correspondent les recettes équivalentes. En fait, beaucoup de maires de villes-centres ont su maximiser les transferts de dépenses tout en
minimisant les pertes de recettes. La situation financière de leur ville s'en est trouvée grandement améliorée, au détriment de l'agglomération. A l'inverse, PES souligne que certaines villes
n'ont pas utilisé au mieux les possibilités de transfert vers la communauté. Le hic, c'est qu'il n'existe pas de comptes consolidés (ville plus communauté) permettant d'évaluer de manière fiable
l'évolution des dépenses et recettes. Bercy y travaille, mais le résultat se fait attendre.