Le NPA est bien entendu le nouveau nom de la Ligue communiste révolutionnaire du plus médiatique des trotskistes-guévaristes, Olivier Besancenot.
Pour ce dernier, le rejet du capitalisme relève du lieu commun rhétorique comme de l’évidence.
Bien plus surprenante est la position exprimée par François Bayrou lors de la première
Conférence nationale du Mouvement démocrate qui s’est tenue la semaine dernière.
Le refus du capitalisme comme modèle sociétal
Le président du MoDem a en effet comparé les deux systèmes englobants qu’étaient le socialisme étatique et le capitalisme antiétatique pour mieux constater le sens historique de
leurs naufrages respectifs de 1989 et de 2008.
Réagissant à l’ambiance économique apocalyptique de ces dernières semaines, Bayrou a donc manifesté son refus du capitalisme en tant que « modèle de société ». En effet, tout en
affirmant ne pas être dupe d’une différenciation illusoire entre un « capitalisme idéal » ou « vertueux » et un « capitalisme réel » (réponse à l’appel de Sarkozy en
faveur d’une refondation du capitalisme), il s’est cependant prononcé pour la régulation et la moralisation des pratiques existantes plutôt que pour la révolution ou la rupture avec ces
dernières. En ce sens, Bayrou est plus proche de Sarkozy que de Besancenot. Il se montre davantage « alter-capitaliste », hostile aux dérives récentes du capitalisme, que véritablement
anticapitaliste.

Plutôt que « le capitalisme, voilà l’ennemi ! » c’est « le néocapitalisme, voilà l’ennemi ! » que les démocrates bayrouistes, réformistes et pragmatiques avant tout, adoptent par
conséquent pour devise.
Dans un récent pamphlet, Jean-François Kahn (JFK), potentielle tête de liste MoDem dans l’Est, s’est ainsi surtout attaqué au « capitalisme nouveau », « financiarisé et déshumanisé », qui a expulsé « de sa sphère de domination les
acquis du libéralisme émancipateur de l’individu et les apports du réformisme démocratique porteur d’émancipation collective » (Pourquoi il faut dissoudre le PS, Larousse, 2008, p.
7).
D’accord avec la Droite au pouvoir sur le principe d’une réforme salutaire plutôt que sur un coup de pied de l'âne, les démocrates placent leur divergence avec l’omniprésident sur un autre point
: alors que la « refondation » capitaliste souhaitée par Sarkozy entraînerait surtout un renforcement des iniquités actuelles au profit des grands groupes proches du pouvoir, alors que la rupture
anticapitaliste agitée par Besancenot n’est qu’une chimère irresponsable, Bayrou a l’audace de subordonner les mécanismes économiques au respect d’une idéologie qui mériterait à son tour d’être
englobante : l’humanisme.
« Nous, (...) ce que nous mettons en premier, ce n'est pas l'argent, c'est l'être humain. C'est pourquoi nous n'adhérons pas au capitalisme. Nous adhérons à l'humanisme et nous considérons que, sur bien des points, le capitalisme est en contradiction avec l'humanisme. »
« Si vous considérez la question [du travail du dimanche], non pas sous l'angle capitaliste, mais sous l'angle humaniste, alors vous voyez les choses d'une toute autre manière, et vous considérez comme fondamental, pas traditionnel, pas habituel, mais fondamental, qu'il y ait dans la semaine, un jour pour la plupart des Français durant lequel ils puissent montrer aux enfants qu'il y a autre chose dans la vie que de consommer et d'acheter, un jour où il est bien, où il est heureux, indispensable en tout cas, que tout le monde, en tout cas que le plus grand nombre possible, puisse se reposer, tout comme les vendeuses et les metteurs en rayon qui commencent à 5 heures du matin, qu'il y ait un jour sur sept au moins où la déesse Consommation puisse être ramenée à sa juste place et qui ne doit pas être la première, un jour pour le verbe Être et pas pour le verbe Avoir. »
Les socialistes français n’ont rien compris. Tandis que la diafoireuse Martine Aubry juge que la crise financière n’est qu’un « symptôme » de « la maladie » qu’est le libéralisme, le vélibéral Bertrand Delanoë prétend quant à lui dissocier un libéralisme politique sain, qu’il
revendique en tant que tel, d’un libéralisme économique nécessairement vénéneux. Or, comme disait Paracelse, tout est poison et rien n’est poison, tout dépend de la dose.
Interrogé par Le Point, l’économiste
Nouriel Roubini, ancien conseiller de Clinton, nous rappelle en effet que la crise des subprimes, malgré son appellation et son origine américaines, ne s’est pas contentée d’affecter
les finances européennes par un de ces effets domino propres aux mécanismes macroéconomiques : « la moitié des obligations émises aux Etats-Unis sur la base d’actifs immobiliers pourris ont été
achetées par des étrangers, le plus souvent par des institutions financières européennes ».
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