Energie : Vers une guerre Nord-Sud ?

Publié le 6 Mai 2008

Faire la guerre pour les ressources énergétiques ou les partager équitablement avec les pays du Sud ? Telle est l’alternative à laquelle seront bientôt confrontés les pays riches, selon Bernard Rogeaux, directeur de la prospective chez EDF R&D.


D’après ses calculs, la quantité d’énergie disponible par être humain est en passe d’atteindre un plafond. Par conséquent, pour que les habitants du Sud, qui consomment quatre à cinq fois moins d’énergie que leurs voisins du Nord, continuent à bénéficier de la croissance de leurs économies, il faudra que les habitants du Nord réduisent au moins par deux leur utilisation d’énergie finale. Pour éviter la guerre, il faudra donc devenir sobre.
Durant l’été 2007, l’Iran, 4e producteur mondial de pétrole, a du rationner la consommation d’essence de ses habitants.
Et depuis plusieurs mois, de nombreuses régions du Népal sont purement et simplement privées de carburant, la compagnie nationale n’ayant plus les moyens d’acheter à son fournisseur indien un pétrole à 100 dollars le baril.

Pour Bernard Rogeaux, directeur de la prospective chez EDF R&D, ces tensions croissantes sur le pétrole sont les signes avant-coureurs d’une crise imminente : « nous sommes à un tournant ! En raison des raretés énergétiques que l’on commence à observer, et de la croissance de la population des pays du Sud, la quantité d’énergie finale disponible par habitant est en train d’atteindre un plafond que l’on aura du mal à dépasser, même si l’on développe toutes les énergies de manière volontariste. Si on prend le cas du pétrole, la consommation mondiale stagne, ce qui veut dire que quand elle augmente quelque part, elle diminue forcément ailleurs. On ne pourra pas continuer comme ça longtemps : soit on partage des ressources qui deviennent rares, soit c’est la guerre ! »

Les pays riches doivent diviser par deux leur consommation d’énergie

Selon les calculs du prospectiviste d’EDF, chaque terrien dispose aujourd’hui en moyenne de 1,2 tonne équivalent pétrole (tep) par an.
Mais chaque habitant du Nord (3,2 tep/an) consomme cinq fois plus d’énergie que son voisin du Sud (0,7 tep/an).
En raison du tarissement programmé des réserves en énergie fossile, et de la croissance démographique mondiale, la disponibilité énergétique moyenne par habitant devrait stagner autour de 1,2 tep/an jusqu’en 2060, et commencer à décroître à partir de cette date.

Avec une conséquence évidente : « la croissance énergétique des pays du Sud se fera forcément au détriment de la nôtre. Pour que les habitants des pays en développement puissent légitimement doubler leur consommation, il faudra que l’on divise la nôtre par deux », avertit Bernard Rogeaux.

Les énergies renouvelables ne sont pas des alternatives aux hydrocarbures

Pourtant, les énergies renouvelables, théoriquement illimitées, ne devraient elles pas, d’ici à 2060, avoir pris le relais des énergies fossiles ?
Impossible, selon Bernard Rogeaux : « nous n’avons pas de solution technique pour mettre ne serait-ce que 30 % d’énergies renouvelables intermittentes dans notre mix électrique. Avoir 5 à 10 % d’énergie intermittente - éolien, solaire -, dans un système électrique, ça n’est pas un problème. Mais si on veut que ces énergies représentent au moins 30 % du mix, cela signifie qu’à certaines périodes de l’année, elles doivent être en mesure de satisfaire 100 % de la consommation. Et ça, on ne sait pas faire. On ne peut pas fermer une centrale un jour pour utiliser des éoliennes parce qu’il y a du vent, et relancer la centrale le lendemain. Prétendre le contraire, c’est méconnaître le système. »

La solution : la sobriété

Et le photovoltaïque ? Et la biomasse pour le chauffage ? Et les biocarburants de deuxième génération ou l’hydrogène pour les transports ? Pour le prospectiviste d’EDF, aucune de ces solutions ne constitue une alternative crédible aux énergies fossiles et fissiles si l’on conserve notre niveau de consommation. « La seule solution mondiale, c’est la mise en place d’une nouvelle solidarité internationale, qui passe par la sobriété énergétique des pays riches.

On ne peut pas tout miser sur les énergies renouvelables, mais en réduisant la demande et en reconfigurant le système électrique, notamment en insérant des stockages, elles pourront jouer un rôle significatif. En isolant les logements, en recourant aux pompes à chaleur, en développant les transports électriques, on pourrait diviser notre consommation énergétique par deux et consommer moins d’énergies fossiles émettrices de CO2. L’ensemble de ce plan d’urgence coûtera cher, de l’ordre de 2 à 3 % du PIB chaque année pendant une trentaine d’années. Mais c’est quelque chose que l’on peut faire sans modifier radicalement le mode de vie des pays riches. »


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Rédigé par Joris

Publié dans #Développement durable

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